La peinture impressionniste, Made in London

Publié par HitART Redaction le

La peinture impressionniste, Made in London

     L'impressionnisme, du vu et revu, me direz-vous ? Ce courant de peinture moderne, né au 19ème siècle s’attache à montrer la matière, représenter la lumière sous toutes ses variantes, pour rendre compte d’une “impression”.

Vous connaissez les célèbres paysages normands et de la région parisienne des peintres comme Claude Monet, Pissarro, Sisley, Van Gogh … ?

Mais saviez-vous qu’il existe une version Made in London de l'impressionnisme français ?

     Cette escapade anglaise épisode à été décisive dans l’affirmation des œuvres du mouvement impressionnisme qui inspira des nombreux artiste par la suite comme John Singer Sargent.
Le Petit Palais, organise à Paris avec la Tate Britain, une première exposition sur cet épisode méconnu de l’histoire de l’art :  “Les Impressionnistes à Londres, Artistes français en exil, 1870-1904” que vous pourrez découvrir jusqu’au 14 Octobre.

Les Impressionnistes à Londres, Artistes français en exil, 1870-1904
Affiche de l'exposition "Les Impressionnistes à Londres, Artistes français en exil, 1870-1904"

 

Des artistes qui filent à l’anglaise

     Episode oublié de l’Histoire de France (peut-être car il s’agit d’une défaite ?), la guerre de 1870-1871 a profondément marqué le pays. Cette guerre éclair qui opposa la Prusse à la France aboutit sur le siège de Paris. Les parisiens connaîtront alors privations alimentaires et bombardements. La paix est signée le 26 février 1871. Cependant, les parisiens rejettent cet armistice et la Commune de Paris prend alors son indépendance. En 1871, la fin de l’insurrection parisienne fera environ 20 000 victimes civiles, Paris est ravagé. La France connaît alors  une crise économique qui se manifeste par l'absence de travail. Les artistes se retrouvent en difficulté pour exposer, vendre, ou même avoir un atelier. Certains craignent également d’être réquisitionné par l’armée. C’est ainsi que beaucoup d’artistes décident de quitter la capitale.

     Les artistes choisissent comme refuge Londres qui s’impose alors comme le plus grand centre industriel de l’Europe. Liberté d’opinion, indépendance de la presse et l’absence de contrôle douanier sont autant d’avantages qui rendent très attractif l’Angleterre victorienne.  En 1871, 3 500 communards fuient à leur tour la France et resteront en Angleterre jusqu’en 1880. Les artistes, avec l’idée que le marché de l’art est plus prospère en Grande-Bretagne y seront accueillis chaleureusement et soutenus financièrement pour ventre leurs œuvres d'art.

 

Henri-Fantin-Latour-Portrait-of-theArtist-Alphonse-Legros--impressionisme-peinture-impressinisme-hitart_01Alphonse Legros (portrait à gauche par Henri-Fantin-Latour), était déjà a Londres depuis 1863, pour des raisons économiques. Bien accueilli par les artistes anglais, il fut le pilier de la communauté des artistes nouvellement expatriés, et leur fit profiter de son réseau.

Charles-François Daubigny est ensuite le premier à arriver pendant l’automne 1870. Cet artiste alors âgée d’une soixante d’années a déjà défendu les jeunes artistes impressionnistes au Salon de Paris. Il fait la connaissance du marchand d’art Paul Durand-Ruel qui avait choisi l’exil pour sauver son stock de peintures et qui avait ouvert une galerie sur New Bond Street, qui deviendra une base de diffusion pour les artistes exilés français. Daubigny présentera Claude Monet à Camille Pissarro qui est arrivé en même temps que ce dernier. C’est ainsi que se trouve à Londres tout une communauté d’artistes impressionnistes parmi lesquels les célèbres:  Monet, Tissot, Sisley,De Nittis...

Malgré les nombreux soutiens, il reste difficile de convaincre le public pour les impressionnistes et l’accueil reste comme en France plutôt glacial. Les tableaux sont refusés à la Royal Academy.

 

Les impressionnistes à  Londres, influence et répercussions

     Tous ces artistes vont s’affronter sur le même terrain et chercheront a représentant la Tamise, le parlement, les parcs et les jardins mais surtout le célèbre brouillard londonien. Le séjour à Londres renforcera leur attachement à la peinture et au dessin de plein air malgré le temps changeant et humide de Londres. C’est ainsi que va véritablement éclore l'impressionnisme.

 

aquarelle-vang-gogh-peinture-claude-monet-matisse-impressionisme-peinture-impressinisme-hitart     Claude Monet (portrait à gauche), un des artistes fondateur de l’impressionnisme, est âgé d’une trentaine d’années lorsqu’il arrive à Londres.

     Le peintre embarque avec sa famille en Septembre 1870. Face aux difficultés rencontrées, il ne resta que quelques mois en Angleterre. En effet, lors de son premier séjour, il ne peignit que six vues des parcs londoniens et de la Tamise et ses tableaux furent refusés par Royal Academy. Il ne vendit rien. Il revint à Londres en 1899 et cette fois son séjour fut un succès. L’expérience londonienne de Monet changera sa manière de peindre. Son défi : rendre compte de l’atmosphère de Londres. La lumière et le temps étant très changeants, l’artiste devra trouver des solutions pour représenter ce brouillard londonien, mélange de brume et de pollution, et les infinies variations de la lumière sur l’eau de la Tamise. Monet réalisera ainsi une centaine d’oeuvres représentant les pont de Charing Cross et de Waterloo, mais aussi le Parlement. Monet en profitera également pour visiter les musées britanniques et la découverte des peintres William Turner et Thomas Gainsborough enrichira la démarche impressionniste.

Les thèmes de Monet étaient aussi ceux privilégiés par la communauté française.

Le séjour londonien de Pissarro, arrivé en 1871, lui permettra de perfectionner son style impressionniste.

aquarelle-vang-gogh-peinture-claude-monet-matisse-impressionisme-peinture-impressinisme-hitartTrouée de soleil dans le brouillard par Claude Monet. Peinture du Parlement, l'artiste faisait la reproduction du même paysage à différemment moment de la journée.

 

     Les thèmes de Monet étaient aussi ceux privilégiés par la communauté française.
Le séjour londonien de Pissarro, arrivé en 1871, lui permettra de perfectionner son style impressionniste :

pissaro-aquarelle-vang-gogh-peinture-claude-monet-matisse-impressionisme-peinture-impressinisme-hitart_03   pissaro-aquarelle-vang-gogh-peinture-claude-monet-matisse-impressionisme-peinture-impressinisme-hitart_03
Deux tableaux à inspiration impressionniste de Pissaro.

     James Tissot, arrivé à Londres en 1871, est un modèle d’intégration. Il exposait déjà ses tableaux depuis 1861 à Londres et a choisi d’anglicisé son prénom (Jacques Joseph). Il adapte son style au public anglais en représentant la haute-société victorienne à travers de nombreux portraits et des mises en scène de leur vie quotidienne.

james-tissot--aquarelle-vang-gogh-peinture-claude-monet-matisse-impressionisme-peinture-impressinisme-hitartLa Galerie du H.M.S. Calcutta (Portsmouth) de James Tissot

 

dalou-sculpteur-aquarelle-vang-gogh-peinture-claude-monet-matisse-impressionisme-peinture-impressinisme-hitart     D'autres vont choisir l’enseignement comme moyen de se révéler comme le sculpteur Dalou qui resta huit ans à Londres.
Son oeuvre, en phase avec les goûts des commanditaires et de la mode londonienne (sphère de l’intime et de la famille) lui permit de se faire apprécié par les amateurs anglais et d’être professeur à la National Art Training School en 1877, ainsi qu’à la South London Technical Art School en 1880.

     Au gré des événements intimes et politiques, les peintres impressionnistes resteront plus ou moins longtemps dans la capitale. Certains multiplient les aller-retours. Leur expérience londonienne à permis de donner naissance au mouvement que l’on appellera à partir de la première exposition du groupe des artistes indépendants en 1874 “l'impressionnisme”. Leur séjour a également permis d’apporter un souffle de modernité aux institutions britanniques.

Cet épisode londonien a donné envie à André Derain, peintre fauve du XXème de se confronter à l’impressionnisme.

C’est en visitant l’exposition des "Vues de la Tamise" de Monet à la galerie Durand-Ruel en 1904, que l’artiste décide de rendre hommage à Monet . Au salon de 1905, les jeunes peintres fauves font scandale en présentant des œuvres avant-gardistes.

En 1906, le marchand d’art Ambroise Vollard qui a pris sous son aile Derain, finance son séjour londonien.

André Derain choisit les mêmes motifs que ses prédécesseurs : les bords de la Tamise et les parcs londoniens proposant à son tour une toute nouvelle image de Londres aux couleurs du fauvisme. Derain réalise ainsi une trentaine de toiles.

derain-aquarelle-vang-gogh-peinture-claude-monet-matisse-impressionisme-peinture-impressinisme-hitartLe Bassin de Londres, André Derain, 1906

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André Derain, Big Ben, 1906-1907, huile sur toile, musée d’Art moderne, Troyes.

Ne ratez pas l’exposition “Les Impressionnistes à Londres, Artistes français en exil, 1870-1904” du Petit Palais car elle vous permettra de voir réunis des tableaux rares et normalement éparpillés dans le monde ce qui n’est pas négligeable quand on connaît l’importance du travail en série dans la démarche impressionniste. Grâce aux témoignages sonores et aux différents espaces reconstitués, vous revivrez l’expérience de ces artistes exilés, une parenthèse dans leur carrière qui marqua profondément l’histoire de l’art.

Sources :
http://www.petitpalais.paris.fr/expositions/les-impressionnistes-londres

 


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